Méditation de l’Arbre de Vie

[…] 

Les cinq premiers Arcanes informent ce qu’on appelle le Quaternaire d’Atsilout dans l’Arbre de Vie.

 

Placer les Arcanes dans les Séphiroth plutôt que sur les Sentiers de l’Arbre –comme cela est traditionnellement le cas- provient de la géniale intuition de J. Haab.

Par Arcane, nous entendons par ailleurs ici la famille symbolique formée par la Lettre hébraïque, la Lame du Tarot et l’Astre (ou le Signe, l’Elément) correspondants.
Par exemple, l’Arcane 2 (qui informe la Séphirah Binah) est ainsi composé de la Lettre Beit, de la Lame de la Papesse et de la Planète Saturne.

 

Le Bateleur via l’Arcane 1 se retrouve ainsi à couronner l’Arbre de Vie et c’est la table présente au centre de la Lame qui nous donne en fait la figure du Quaternaire d’Atsilout, avec ses 3 pieds visibles et son pied caché. C’est-à-dire avec la Triade supérieure de l’Arbre et la non-Séphirah Daât.

Le 4 est le Nombre de l’Harmonie, de l’équilibre ; il porte l’idée de la perfection du Monde. Et c’est bien de cela dont il s’agit ici, avec la Triade supérieure de l’Arbre qui correspond à l’Eden (et aux 4 fleuves de son jardin…)

D’un point de vue cosmogonique, le Quaternaire d’Atsilout correspond au Plan divin, totalement hors du temps ; un « lieu » où l’Harmonie et la Science divines règnent en maîtres.

Pour les qabalistes, cette partie de l’Arbre est appelé le « Grand Visage » (ou visage longanime), tandis que les 7 Séphiroth inférieures sont appelées le « Petit Visage » (ou visage tendu). Cela faisant référence à l’idée alchimique que la Matérialisation de la Lumière divine correspond à son ralentissement, à sa restriction ; ce ralentissement à un certain niveau fait écho au contraire à une mise sous stress de la Lumière à un autre niveau, qui plus il devient important, plus rend important la perception du temps, de l’espace et de la gravité par la conscience.

Cela nous donnant déjà une première pratique, consistant à rechercher le calme, la détente du Corps, l’entrée dans un état de réception. A percevoir en soi lorsque tout devient « lourd » (et où alors tout bloque extérieurement, tout est rendu plus pénible à réaliser) ou lorsque tout devient « léger », les choses se réalisant alors de manière fluide et parfois même en faisant fi de certaines lois terrestres…

Au niveau de la Triade supérieure de l’Arbre, les Lois divines étant obligatoirement respectées, l’Harmonie règne et l’Equilibre est parfait. C’est alors qu’intervient le Serpent dans la Genèse… afin que la Spirale de Vie continue son élargissement. Sans le Serpent, le Cercle se boucle, l’évolution s’arrête.

C’est la Connaissance (Daât) qui est proposé à l’Esprit de l’Homme ; la connaissance par expérience de la dualité, de la séparation et donc de la potentielle transcendance. L’expérience par essai/erreur que ne permet tout simplement pas le Plan divin. La possibilité pour l’Esprit de l’Homme, d’être le responsable de son état d’être… plutôt que son passif récipiendaire en Eden.

Au péché originel, préférons croire ainsi à l’Acte délibéré de la Conscience de souhaiter continuer à évoluer…

Daât devient alors le « lieu » de la Séparation entre le Plan créateur et la Plan créé. Lorsque Lucifer (ou l’Empereur de l’Arcane 4…) descend l’Arbre, la Lettre Dalet correspondante semble ainsi désormais fermer le passage vers le Haut. L’Arcane 3 cependant, la Quête initiatique, la possibilité d’Assomption représentée par l’Impératrice, fait couple en Daât avec l’Empereur.

Nous voyons donc que Daât propose une dynamique (descendre dans les Profondeurs pour rejaillir à l’Air libre), un double mouvement simultané (que nous retrouvons déjà avec le Bateleur d’ailleurs, avec la baguette dirigée vers le Bas, en même temps que la Rose s’élance vers le Haut).

Une fois la Descente dans la Matière enclenchée, c’est la mémoire de notre état divin qui va progressivement s’estomper, comme une conséquence et un préalable obligatoires de/à l’Expérience. D’où le fameux « Souviens-toi ! » de la Qabale…

Le plan divin garde cependant la mémoire de qui nous sommes, de qui nous sommes avant l’Expérience… c’est comme une sauvegarde informatique. Autrement dit et à un niveau davantage macrocosmique, le couple du Pape et de la Papesse, dans un parfait équilibre et une parfaite harmonie, garde la mémoire du Plan initial et peut-être bien aussi la mémoire de l’évolution déjà acquise…

La Lettre Aleph qui couronne l’Arbre de Vie via l’Arcane 1 résume tout ce processus dans sa graphie même.


En haut à droite, le Yod initial ; au centre la Séparation ; en bas à gauche le Yod « en expérience ».

Lorsque le Yod en expérience que nous sommes, accepte le processus de l’incarnation jusqu’au bout, puis qu’il réalise son retournement dans la Matrice (c’est-à-dire qu’il enclenche le processus d’Assomption de l’être, plutôt que son enfouissement définitif dans la matière), alors nous pouvons devenir des « Hommes-Arbres » et voir à travers la Séparation, l’unicité de l’Œuvre et le jeu de miroir qu’elle nous offre…

Alors, tout devient « Enseignement devant soi », les événements extérieurs deviennent – « à celui qui sait voir et entendre » – la guidance pour l’Œuvre en soi. Ayant perdu la mémoire et nous étant progressivement endormi lors de la Descente, voir à travers la Séparation, même si la communication commence difficilement et manque de clarté et de simplicité, est comme s’éveiller d’un Rêve…

Et mystère des mystères que nous enseigne Aleph avec sa valeur pleine : 1 1 1, c’est que nous sommes à la fois le Yod en haut, le Yod en bas et la Séparation au milieu…

Notons également la similitude du Aleph avec le symbole ancien du Tao…


Or, dans le Quaternaire d’Atsilout, avec les deux couples Pape/Papesse et Empereur/Impératrice, on voit bien que l’accent est mis sur les polarités. Remarquons cependant qu’au niveau de la Triade supérieure de l’Arbre, même s’il y a bien eu Scission primordiale de l’Unité (Keter, dans le Monde de l’Emanation, « s’ouvre en deux » avec Hokmah et Binah dans le Monde de la Création, ouvrant ainsi la « Porte du Temps et de l’Espace » - Daât), cette dualité reste comprise dans l’unité.

Cela se retrouve remarquablement au niveau du corps humain et de la partie correspondante à la Triade supérieure de l’Arbre, soit au niveau de la tête… Notre crâne qui est un mais où est inscrit la dualité avec nos paires d’yeux, d’oreilles ou de narines. Après le cou, la dualité du corps devient davantage prononcée avec nos deux bras et nos deux jambes, tout comme cela est le cas dans l’Arbre après Daât…

Restons sur le plan microcosmique et regardons ce que nous enseigne la Triade supérieure concernant le Cerveau Intellectuel de l’Homme, l’un des 3 Cerveaux de l’être.

Pour ce faire, ajoutons aux 22 Arcanes les 10 Planètes sur les Séphiroth. Cela fonctionne remarquablement bien en utilisant le système RET de l’Astrologie naturelle, car celle-ci organise les 10 Planètes dans un système de 3 triades + 1 Planète, analogue au système proposé par l’Arbre de Vie lui-même (constitué par 3 triades de 3 Séphiroth + 1 Séphirah). 



Pour la Triade supérieure de l’Arbre de Vie, nous placerons les 3 Planètes de la Transcendance ; Uranus en Binah, Neptune en Hokmah et Pluton en Keter.


Remarquons pour commencer la complémentarité d’Uranus et de Neptune en termes de graphies ; cela fait écho à la complémentarité du Pape et de la Papesse.

Uranus fixe tandis que Neptune ouvre.

En fait, Binah peut être associé à l’hémisphère gauche, rationnel, tandis que Hokmah peut être associé au cerveau droit, irrationnel de notre cerveau.


Et puisqu’il s’agit d’harmonie, d’équilibre, notre propos devrait être de tenter d’équilibrer l’usage de nos deux hémisphères, de chercher la Sagesse dans la Folie (Hokmah) et l’Intelligence dans l’Ordre (Binah). De se mettre en réception (Neptune) de la guidance divine, puis de la rendre pratique sur ce Plan (Uranus).

[…]

Ch+ Arnau de Vilanova

Arcane 5


SPIRITUALITE - VIE - LEGERETE

 

Eléments remarquables :

* Il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'Homme devint un être vivant.

* Les idées et les actions sont creuses si elles ne sont pas remplies du souffle de Dieu. Pourrait-on dire également que l'aspiration est vaine si elle n'est pas concrétisée par l'Acte ?
* Hé, ne serait-ce pas Guimel qui passe Dalet ? Guimel n'est plus alors qu'un Yod, un Yod qui passe par la fenêtre. Reviendra-t-il sain et simple d'esprit ?

Kabbale et Alchimie

Extrait du livre de Gabrielle : des Templiers aux Massenies du St Graal

"L'étude de la Kabbale est indispensable pour tout occultiste.

Je ne dis pas une étude approfondie, car il faudrait y consacrer des années. Mais il est bon d'en connaître l'essentiel. 

Au cours de votre vie, mon cher Alfonso, vos recherches personnelles vous amèneront à en compléter la connaissance.

La Kabbale, l'Alchimie et l'Astrologie sont imbriquées les unes dans les autres, et on ne peut parler de l'une sans parler des autres. La Kabbale, d'origine chaldéenne, est essentiellement hébraïque. L'interprétation des lettres hébraïques du mot Kabbale, Kahaba, donne «Ce qui est», «Reçu», «Accepté», ou encore «Recevoir», «Tradition», «Chaîne». La Kabbale est donc une science reçue et acceptée par l'homme, transmise dans sa partie ésotérique de génération en génération depuis les Patriarches, créant ainsi la tradition. Elle est le support des Hébreux, le témoignage de la révélation.

C'est un système métaphysique et mystique de caractère spéculatif. Son enseignement, qui ne fut longtemps qu'oral est phonétique, numérique et initiatique.

Comme toute mystique initiatique, la Kabbale fait appel à un symbolisme et à une cosmogonie qui puisent leurs origines dans des civilisations perdues.

Elle est une science de vie caractérisée par l'union des forces visibles et invisibles dont la correspondance crée le mélange du rationalisme et du mysticisme. Elle est le point de départ et le but de la connaissance de l'homme et de Dieu. Elle relie à Dieu le monde que nous percevons.

Elle est l'expression de la philosophie ésotérique, clé de voûte de toute la tradition de la science hermétique.

Elle établit la correspondance entre les deux mondes terrestre et céleste, permettant ainsi à l'homme de réaliser leur unification, puisque l'unité de la vie se fonde sur leur complémentarité.

Les symboles les plus usités par les kabbalistes sont :

‑ Le triangle, le carré, le cercle ou zéro, le point dans le cercle.

‑ Les vingt-deux lettres de l'alphabet hébraïque.

‑ Les dix signes des nombres.

‑ Les quatre signes astronomiques des saisons.

‑ L'arbre séphirothique appelé « Arbre de Vie » qui, par ses dix Séphiroth, explique la création de la nature et de l'homme.

Ces symboles ont des correspondances avec les noms sacrés et les arcanes, et sont les attributs mystiques de Dieu, sublimes principes métaphysiques de la Kabbale.

La Kabbale est littérale et l'art d'interpréter le « Verbe »

Les mots sont les mouvements de l'intelligence déterminés par la parole.

La parole est le « Verbe » déterminé par lui-même.

Un but très important de la Kabbale est de retrouver le sens de la Genèse telle que Moïse l’ait écrite. Ce sens a en effet été déformé à travers les différentes traductions occasionnées par les migrations de populations et les mélanges de races qui en sont résulté. En dernier lieu, la traduction latine du texte grec utilisée par l'Eglise catholique s'est éloignée de ce sens.

Chez les kabbalistes, le nombre est considéré comme la vertu intrinsèque et active de Dieu, de l'«Un», source de l'harmonie universelle, science des forces vivantes, des facultés divines en action dans le microcosme et le macrocosme.

Lettres hébraïques et nombres sont des réserves de puissance divine.

Certains nombres ont plus de force occulte que d'autres. Les correspondances entre les nombres et les figures géométriques sont invariables.

Les chiffres, les nombres, leurs rapports avec les lettres hébraïques ont une très grande importance. Leurs vibrations sonores forment un langage.

Il faut aussi connaître la valeur des lettres-consonnes de l'alphabet hébraïque, les cinq modifications du son se rapportant aux voyelles ; la règle ou les codes se rapportant à la permutation des consonnes ou voyelles entre elles ‑ les cinq combinaisons voyelles plus consonnes ‑ qui composent des syllabes et qui sont la détermination des mots ou des idées.

En Kabbale, on utilise l'Alchimie et l'Astrologie qui ont un lien entre elles provenant de l'unité cosmique.

L'Astrologie est la science du monde céleste, des sphères planétaires. Elle exprime leur influence sur la destinée des hommes.

L'Alchimie est la science du monde terrestre, des états de la nature, de la transmutation des minéraux, métaux et végétaux.

L'action alchimique est magique et secrète et tient compte de la position des astres. Mais l’œuvre ne peut se faire que si l'homme accompagne son ouvrage alchimique de sa progression mentale et de sa propre transmutation.

Pour les kabbalistes et les alchimistes, le cosmos se divise en sept mondes dans lesquels les formes cosmogoniques, les monades spirituelles genre-espèce produisent l'évolution de la vie par leurs perpétuelles involutions dans la matière.

***** 
Les Kabbalistes disent que l'Alchimie se rapporte à la grammaire, à la logique humaine et à la rhétorique.

Par contre, l'Astrologie se rapporte à l'arithmétique, la géométrie et la musique. Il n'est pas rare de voir des mathématiciens être d'excellents musiciens.

La pensée pythagoricienne explique le Grand Œuvre qui a pour double objet de matérialiser l'esprit et de spiritualiser la matière.

Les kabbalistes harodim, descendants des patriarches hébreux, Abraham initié en Chaldée, Isaac en Egypte, Jacob, d'origine phénicienne, initié en Egypte, avaient en commun l'amour du désert. Ils ne pouvaient se souffrir dans les villes où ils furent prisonniers des rois d'Assyrie.

Ils avaient adopté les règles d' « Elohim », pratiquaient le culte familial, le respect de la femme, l'amour passionné de leurs fils. Ils protégeaient la tribu et étaient très hospitaliers vis-à-vis de l'étranger. Ces harodim là étaient pour la plupart des alchimistes. Ils étudiaient plus particulièrement la cosmogonie et la projection zodiacale des constellations stellaires. Ils avaient pour symboles les signes du zodiaque. Ces harodim considéraient l'alchimie comme un système permettant de passer de la vision matérielle à la vision lumineuse.

L'alchimiste agit seul ou avec deux exécutants, et parfois avec la présence d'un être aidant l’œuvre par la force de sa pensée.

La présence près de l'alchimiste de la femme, « principe féminin », est essentielle. Cette présence peut être soit réelle, soit réalisée sous la forme de mariage mystique de l'alchimiste avec une déesse ou une «élue».

Pour l'alchimiste, le bien et le mal, la perfection et l'imperfection, doivent être unis dans la matière en « Un », car « Un est tout », « par Lui est tout », « pour Lui est tout», « en Lui est tout ».

*****
Il faut « voir » avec les yeux de l'esprit. C'est la conquête de la lumière vers l'immortalité de l'âme.

Dans l’œuvre alchimique, il y a le principe de la mort et de la renaissance. Dans l'athanor, c'est le feu Agni qui est chaleur et lumière, activité et intelligence. Il est l'élément principal. C'est par lui que tout sera calciné avant de reprendre vie.

Pour les hommes, il doit en être de même. Dans la première épître aux Corinthiens, saint Paul dit: « Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie, s'il ne meurt. »

Les trois stades d'évolution initiatique transforment l'homme en initié, en philosophe, finalement en sage. Pour cela il faut suivre le processus alchimique suivant :

1° Apprendre à se dominer pour ne plus subir l'influence de la Lune qui, en alchimie, signifie «humide».

2° Acquérir la raison dont le symbole est le Soleil.

3° Faire sa « calcination ». Brûler ses anciennes théories ou habitudes, pour atteindre la philosophie de la vie.

Il y a beaucoup de symboles tant en Kabbale qu'en Alchimie. Certains se rapportent aux quatre éléments. Ils constituent une véritable instruction, mais il faut les déchiffrer pour les comprendre.

Certains symboles se rapportent surtout à l'alchimie.

La «Dame de Dante» est celle des pythagoriciens. Elle représente la sagesse. Dans l’œuvre de Dante, elle est l'élue mystique, la femme, la mère universelle.

Dante se servait aussi comme symbole de l'ancolie, plante mâle et femelle représentant le parfait amour, les deux principes qui se fondent pour créer. On aperçoit là une analogie avec l’œuvre alchimique.

Dans certaines de ses poésies, Dante se servait du rythme du nombre 9, symbole de la trinité, esprit-âme-corps, ayant trois aspects, trois principes.

Léonard de Vinci, qui est un véritable initié, se sert souvent des mêmes symboles que Dante. Sur certains de ses tableaux, on voit près de sa signature une fleur d'ancolie. On y voit aussi le petit chardonneret, symbole de longue vie, et bien d'autres symboles.

La rose, très vieux symbole alchimique, représente la connaissance des mystères du Grand Œuvre, la connaissance intégrale, l'illumination. Elle possède 5, ou 8, ou 15 pétales, liés aux correspondances sacrées de Pythagore.

Elle est le symbole de la perfection achevée.

La rose blanche signifie le sacrifice, la rose rouge le devoir.

Elle conduit au symbole de la roue, utilisé aussi bien en alchimie qu'en kabbale, qui, à son tour, conduit aux rosaces des églises. En kabbale, la roue est le Rouah, c'est-à-dire le souffle.

Dans les églises il y a toujours trois rosaces. L'abside fait face au sud-est, et le transept est orienté du nord-est au sud-ouest. Il en résulte que :

La rosace septentrionale est toujours privée des rayons du soleil (en alchimie c'est l’œuvre au Noir).

La rosace sud-est est éclairée par le soleil de midi (c'est l’œuvre au Blanc).

La grande rosace principale flamboie au soleil couchant, (c'est la rubification).

Les Templiers, les Harodim et les alchimistes se rencontraient dans des loges initiatiques où les traditions de l'Egypte pharaonique et de la Grèce antique étaient pratiquées.

A travers la Kabbale, les Harodim révélèrent aux Templiers des secrets intéressant l'utilisation des métaux et l'art de construire. C'est pourquoi on trouve des signes symboliques ésotériques dans les constructions templières. Certains appartenaient à l'alphabet runique, d'autres au Ziza hébraïque, qui est une déformation des caractères hébreux sous l'influence de la vieille écriture germanique. Ils utilisaient aussi comme symbole le phénix qui représentait pour eux la réincarnation à travers l'épreuve du feu. Templiers, alchimistes et Harodim kabbalistes pensaient que c'est dans l'activité créatrice que se forge la continuité et l'unité de temps.

La pensée de l'homme émane de la pensée divine. En se condensant elle devient parole, ensuite lumière, réalisant ainsi la fusion de l'esprit et de la matière dans l'ordre de la nature.

Voilà, Alfonso, de quoi réfléchir...

Dans notre prochain entretien, je vous parlerai plus en détail de l'interprétation des lettres, des nombres et des chiffres. Mais ne croyez pas que l'étude détaillée de la Kabbale soit obligatoire pour comprendre l'occultisme. Il y a d'autres voies. A la Massenie, nous avons choisi la Kabbale. A mon sens, c'est la meilleure source d'information, la plus complète. Elle est le résultat de longues études d'occultistes qui ont consacré leur vie à la recherche. Chaque génération a apporté un perfectionnement. Dans les ouvrages d'auteurs différents, la plupart se réfèrent à la Kabbale pour expliquer l'occulte, et je trouve cela très normal.

La grenade


La présence des grenades sur les colonnes de nos T∴ est littéralement justifiée. Dans l’Ancien Testament (Jérémie, Rois, I), il est dit que le sommet de chaque colonne à l’entrée du temple de Salomon était décoré de cent grenades d’airain. La présence des grenades au sommet de ces colonnes doit être rapprochée du fait que les robes du Grand Prêtre étaient décorées de 72 grenades brodées, 36 devant, 36 derrière, alternées avec des clochettes d’or qui avertissaient du passage de ce dignitaire. Aujourd’hui encore, dans les synagogues, il arrive que la Torah soit enroulée sur un axe terminé à ses extrémités par des sphères en forme de grenade.

La présence de grenades sur les deux colonnes du temple de Jérusalem conduit à scruter l’architecture et la décoration des temples zoroastriens. Historiquement, la grenade en tant que symbole religieux est indissociable de la religion zoroastrienne.

Quelles sont les valeurs symboliques qui ont amené les Anciens à placer ce fruit en haut des colonnes, tant à Jérusalem que dans les T∴ maçonniques ? La grenade, ce fruit aux très nombreux grains d’un rouge lumineux, est l’un des grands symboles de la fertilité. Cette dimension symbolique se retrouve dans un nombre considérable de cultures, de la Grèce au Japon en passant par l’Arménie, l’Iran ou la Chine. Dans tous ces pays, la grenade est le fruit lié à la Déesse-Mère ou ce qui en tient lieu.

L’exemple le plus connu sous nos climats est celui du mythe de Perséphone (en grec : Koré), la fille de Zeus et de Déméter, déesse de l’agriculture, fille de Cronos et de Rhéa.

Perséphone était d’une grande beauté. Sa mère décide, pour lui éviter de tenter les dieux, de l’élever en Sicile à l’abri des regards. Sans consulter Déméter, Zeus accepte de donner la main de Perséphone à Hadès, seigneur des Enfers. Un jour, à côté de la ville d’Enna, Perséphone est attirée par un beau narcisse sans savoir qu’il a été planté là par son père. Elle va le cueillir lorsque Hadès surgit sur son char, la capture et l’emmène au royaume des Ombres. Là, toute à sa tristesse, elle refuse toute nourriture.

Déméter, furieuse, part à sa recherche et rencontre Hécate qui la conduit au dieu-soleil Hélios, témoin du rapt. Déméter frappe alors la terre de sécheresse et de famine. Plus rien ne pousse, l’humanité est en danger. Acculé, Zeus accepte de lui rendre Perséphone à la condition que cette dernière n’ait rien mangé aux Enfers. Comme c’est le cas, Hadès accepte de rendre la jeune fille et lui offre, comme cadeau de départ, une grenade.

Sur le chemin du retour, la tentation est trop grande, Perséphone en croque quelques grains. Elle est donc ramenée aux Enfers, mais Zeus, inquiet, décide de trouver un compromis : Perséphone passera six mois par an dans le royaume de son époux et, les six autres mois, elle pourra rejoindre sa mère à la surface de la Terre, entre semailles et moissons. Les saisons sont nées !

Dans ce mythe, la grenade symbolise à la fois les liens du mariage, la cause originelle du cycle des saisons et, indirectement, le cycle mort-renaissance, ce qui va influencer nombre de ses autres significations symboliques.

Déméter et Perséphone restent présentes et nous imprègnent

Dans de nombreux pays occidentaux, les traditions qui accompagnent le début et la fin de la saison agricole évoquent ce voyage bisannuel de Perséphone. Il en est ainsi des festivités de début mai qui associent l’arbre de vie, la croissance et les grenades. De même, le retour de Perséphone aux Enfers, six mois plus tard, correspond à Toussaint et à Halloween, les fêtes des morts.

Il existe de très nombreuses autres manifestations de la fertilité symboliquement associées à la grenade, dont certaines sont liées à l’analogie de forme entre la grenade ouverte, d’une part, et le vagin (par sa couleur et sa béance) et les bourses (par sa forme et ses graines).

Comme la figue, la grenade peut transcender les concepts de féminin et de masculin. Par exemple, dans le Cantique des cantiques, la grenade est citée deux fois. S’adressant à la Sulamite, Salomon dit : « Ta joue est comme un quartier de grenade derrière ton voile » et, d’une manière moins délicate : « Je t’abreuverai du jus de ma grenade. »

D’autres exemples abondent. Dans la Rome antique, les femmes mariées décoraient leurs cheveux de rameaux de feuilles de grenade. Au cours des noces grecques comme des noces bédouines, lorsque le marié ramène son épouse chez lui, il ouvre une grenade sur le pas de sa porte avant qu’elle n’en franchisse le seuil. Dans certaines fêtes de la religion zoroastrienne, la promesse de l’abondance est symbolisée par une grenade dans laquelle on a fiché des pièces de monnaie.

En Chine, la grenade ou sa représentation est un cadeau traditionnel lors des mariages. Dans le symbolisme bouddhiste, la grenade est le fruit que Bouddha aurait donné à la démone Hariti, mangeuse d’enfants, pour la transformer en mère dévouée. Au Japon, cette démone convertie est connue sous le nom de Kishimojin et son aide est, encore aujourd’hui, invoquée par les femmes infertiles.

En héraldique européenne, la présence d’une grenade fendue apparaît sur un blason pour signifier les liens du mariage entre deux familles (en présence d’autres symboles issus des blasons de chaque famille). De la même manière, de nombreux portraits de mères de famille de la Renaissance portent des grenades, le plus souvent brodées sur leur robe. Enfin, à la Révolution française, le mois des moissons, Fructidor (août-septembre) était, souvent symbolisé par une femme portant des grenades.

Symbole de la résurrection et de la vie éternelle

En lien avec son premier sens symbolique, la fertilité, la grenade symbolise le processus de résurrection, comme le printemps qui succède à l’hiver. Les Égyptiens faisaient déjà ce lien : des grenades ont été retrouvées dans la sépulture du pharaon Toutankhamon, comme dans de nombreuses autres sépultures, où elles pourraient avoir été placées comme viatiques pour le voyage dans l’au-delà.

Dans la religion zoroastrienne, le grenadier est systématiquement planté dans la cour des temples ou le long de l’allée y menant. Son feuillage persistant symbolise la vie éternelle.

À l’âge de sept ans, lorsque le jeune zoroastrien est initié comme fidèle et qu’il reçoit son vêtement et sa cordelette sacrés, il est invité à mâcher des feuilles de grenadier pour se purifier avant d’être initié. De plus, pour fêter ce baptême, les membres de sa famille lui jettent du riz, des pétales de rose et des grains de grenade. Enfin, l’équivalent zoroastrien de notre extrême-onction consiste parfois à faire boire du jus de grenade à l’agonisant ou, s’il est déjà décédé, à glisser quelques grains de grenade dans sa bouche.

Dans chacun de ces exemples, la grenade accompagne le passage d’un état à l’autre : du parvis au temple, du profane à l’initié, de la vie terrestre à celle qui lui succède. De la même manière, chez les zoroastriens, la grenade accompagne les festivités qui marquent le solstice d’hiver (Yalda, la naissance de Mithra) et l’équinoxe de printemps (Nowruz).

Dans le christianisme, la grenade est parfois présente dans les tableaux représentant la Vierge et l’Enfant, la grenade étant portée par les deux protagonistes (par exemple, dans les tableaux de Botticelli, de Léonard de Vinci ou des frères Lippi). Dans ces images, les grains prêts à jaillir du fruit représenteraient Jésus prêt à jaillir du tombeau.

Pour Jean de la Croix, « les grains de la grenade sont le symbole des effets innombrables des perfections divines » (Irène Mainguy)

Saint Jean de la Croix associe la forme sphérique de la grenade à l’éternité divine. Irène Mainguy rapporte que, pour Saint Jean de la Croix, « les grenades représentent les plus hauts mystères de Dieu, ses plus profonds jugements et ses plus sublimes grandeurs. Les grains de la grenade sont le symbole des effets innombrables des perfections divines. Leur figure ronde exprime l’éternité de Dieu qui n’a, comme le cercle, ni commencement ni fin. Le jus de la grenade signifie la jouissance que l’âme a, par sa connaissance et par son amour, de la nature et des attributs de Dieu, et le contentement admirable qu’elle reçoit de cette possession ».

Dans son Cantique spirituel, composé et mémorisé en prison en 1578, le même Jean de la Croix dit : « Nous monterons ensuite vers les hautes cavernes de la pierre qui sont si bien cachées, et là nous entrerons et le jus des grenades [nous] goûterons. »

La grenade apparaît dans un autre symbole chrétien représenté sur de nombreuses tapisseries du Moyen Âge : la chasse à la licorne. Seules de jeunes vierges peuvent parvenir à attraper ces animaux mythiques et à les attacher à un arbre qui se révèle être un grenadier. Les licornes paraissent saigner, mais ce sont en fait des grains de grenade qui ont souillé leur pelage immaculé. Cet appareil symbolique complexe représente la nature divine du Christ (la licorne), qui ne peut être incarnée que par la Vierge (les jeunes filles) et ne pourra vraiment se révéler que par la résurrection (la grenade).

Dans le christianisme orthodoxe, la grenade entre dans la composition de la kolyva, un breuvage composé d’eau, de sucre, de blé et de grains de grenade, qui est présenté et consommé aux cours des funérailles et symbolise la douceur de la vie dans l’Au-delà.

Le blé, symbole universel du cycle mort-renaissance, est fréquemment associé à la grenade. Comme les branches de grenadier, il était au centre des Mystères d’Eleusis dans la Grèce ancienne – rituels ésotériques et initiatiques qui furent enseignés aux hommes par Déméter, la mère de Perséphone. La boucle est bouclée.


Plus près de nous, ce symbolisme lié à la mort et à la renaissance fait de la grenade l’un des symboles de l’App:. nouvellement initié après avoir jailli des profondeurs du cabinet de réflexion. D’où sa présence sur le tableau de ce grade.

Symbole du divin et de l’union avec le divin

Pour les mystiques de l’islam, la grenade symbolise l’union avec le divin. En s’inspirant d’un élément de la tradition coranique qui dit que, dans chaque grenade, se trouve un grain provenant directement du paradis (« La lumière d’Allah est dans quiconque mange une grenade »), les soufis font de ce fruit le lien entre l’amant et l’aimé, c’est-à-dire la personne mystique et le divin.

Dans l’imagerie soufie, on retrouve fréquemment des représentations de grenade sur laquelle est inscrite la lettre représentant la conjonction de coordination « et/avec » ( - waw). « », c’est le signe qui lie l’amant et l’aimé, le rossignol et la rose, le mystique et le divin. La grenade revient souvent dans la poésie mystique soufie, toujours comme témoin du moment où le derviche se fond dans l’unité de Dieu. Elle est la connexion directe à l’essence divine à travers l’extinction de l’ego, elle est le « fruit de la Vérité de la Certitude », fruit qui guérit de la maladie de se croire séparé de cette Vérité.

La grenade témoigne du moment où le derviche se fond dans l’unité de Dieu

Paul Claudel, dans ses commentaires du Cantique des cantiques, écrit que la grenade représente, dans la religion chrétienne, le cœur divin qui aspire toutes les âmes en les attirant à l’intérieur d’elles-mêmes. Selon lui, le « trésor écarlate de ses grains de lumière et de feu », ce « radieux ciboire plein d’hosties », ces « semences agglomérées » représentent le processus mystique de l’élaboration de l’âme, assimilé dans cette symbolique à une fécondation.


De nos jours, certaines cérémonies chrétiennes évoquent ce symbolisme de la grenade comme réceptacle du divin. Par exemple, depuis le début du XVIe siècle, dans le village d’Abanilla (province de Murcia), une cérémonie unique en son genre a lieu le 3 mai, liée aux cérémonies de la Cruz de Mayo. Au balcon du sanctuaire, un prêtre baigne la croix sacrée avec un jet d’eau bénite. Celui-ci est ensuite dirigé vers une représentation de grenade située au-dessus de la croix. En la frappant, il déclenche son ouverture. Des colombes en jaillissent, symboles de l’Esprit saint. L’eau bénite est recueillie par la foule qui lui attribue toutes sortes de vertus bénéfiques. On retrouve ici à la fois une évocation de la fertilité (le jet qui féconde) et, comme pour les soufis, de la présence divine enfermée dans la grenade.

Symbole du savoir, de la sagesse et des vertus

Lorsqu’elle est mûre, la grenade se fend et laisse ses grains se répandre. En cela, elle est une image de l’enseignement où celui qui sait dissémine sa science et sa sagesse dans l’esprit de ses élèves. Cette représentation rejoint celle de nombreux exégètes de la Bible qui pensent que le fruit défendu (dont l’espèce n’est pas nommée expressément dans l’Ancien Testament) devrait plutôt être représenté par la grenade que par la pomme. Car ce qu’Ève tend à Adam, c’est le savoir. Ainsi, Saint-Jean de la Croix associe la suavité du jus de la grenade à la jouissance de l’âme lorsqu’elle possède la connaissance de la nature divine.

Dans la tradition juive, la grenade représente également la sagesse de Dieu car elle est dite contenir 613 grains, c’est-à-dire exactement le nombre de mitsvot, les 613 commandements que la Torah est censée contenir (ce nombre reste néanmoins l’objet de nombreuses querelles). Étrangement et pour l’anecdote, une étude scientifique a compté le nombre de grains dans plus de deux mille grenades issues de diverses régions du monde : ce nombre variait fortement selon les grenades mais la moyenne, toutes régions confondues, était égale à … 613 !

Symbole de la dualité surface/profondeur

Avant qu’elle ne laisse échapper ses grains, la grenade a une apparence quelconque de fruit brunâtre. De plus, quiconque oserait la mordre se heurterait à une écorce robuste et amère. Pourtant, sous cet extérieur revêche, se cachent des grains délicieux. Du fait de ce contraste, la grenade symbolise parfois la dualité exotérisme dogmatique/ésotérisme mystique. À cet égard, il est intéressant de remarquer que, comme dans les tableaux représentant la Vierge et l’Enfant, les grenades qui décorent nos colonnes et notre tableau d’App:. ont été épluchées afin qu’on en voie les grains.


Dans le même ordre d’idées, la grenade symbolise souvent les bénéfices cachés, les trésors à venir, ce qui est bien sûr voisin du symbolisme lié au cycle des saisons où l’hiver porte la promesse du printemps. C’est le cas, par exemple, dans le Tarot de Marseille, un outil très chargé en symbolisme : la carte de la Papesse montre souvent des grenades et elle indique, entre autres, des avantages cachés que le temps dévoilera.

C’est le cas également dans la symbolique chrétienne lorsque la grenade accompagne une image de la Vierge sans la présence du Christ. En Italie, il existe une église dédiée à la Madone à la Grenade, probablement construite sur les ruines d’un temple grec dédié à Déméter, où l’on voit la Vierge tenant une grenade entr’ouverte : elle montre ce qui se cache à l’intérieur. Dans cette image, les grains de la grenade symboliseraient les âmes agglomérées dans le sein de Marie, âmes que le Christ va révéler.

Enfin, cette opposition écorce/grains fait parfois de la grenade le symbole de l’humilité (elle cache ses qualités) et de la charité (in fine, elle ne les garde pas pour elle).

Symbole de l’unité dans la diversité

La grenade renferme de très nombreux grains, tous différents mais tous serrés les uns contre les autres dans un même contenant, le fruit. Cet aspect symbolique se retrouve dans les traditions zoroastrienne, juive, soufie et catholique. Pour les Pères du Désert, la grenade représentait l’Église qui rassemble des individus très différents sous une même foi. Comme pour les soufis, la grenade est alors le symbole de la religion dans son sens premier, religio, ce qui relie les modes multiples de la manifestation divine que sont ses membres.

L’unité dans la diversité, voilà bien un concept maçonnique. Comment ne pas voir dans la grenade un des symboles les plus évidents de notre activité ? Le fruit peut représenter l’Obédience et chaque grain est une L∴. A moins que le fruit ne représente une L∴ et chaque grain un F∴. Ou encore que chaque grain représente un F∴ ou une S∴ et le fruit la franc-maçonnerie universelle…

Comme les grains de la grenade, nous sommes tous différents dans les raisons de notre venue et dans notre chemin maçonnique, mais tous identiques dans les choix que nous avons faits et dans les valeurs qui nous animent. De plus, comme la grenade et son écorce épaisse, la F∴M∴ protège ses grains et leur permet de mûrir à l’abri du vacarme des parvis.


Enfin, dans certains ouvrages de symbolique, la grenade est associée aux figures allégoriques de la Concorde (accord dans la multiplicité) et de la Conversation (où l’amitié et l’union persistent entre les personnes engagées dans une discussion). Deux allégories qui illustrent amplement les vertus du débat maçonnique, où la fraternité projette son ombre protectrice sur les différences d’opinions et d’expériences.

Autre métaphore maçonnique, si la grenade est un fruit délicieux, les racines de l’arbuste qui le produit sont toxiques. En cela, elle peut symboliser les vertus transformatrices de la F∴M∴ qui nous élèvent au-dessus du poison des parvis.

Le jus de grenade, métaphore de la vie maçonnique

Dans l’art culinaire, la grenade est utilisée pour deux raisons : pour la couleur vermillon de ses grains qui illuminent la décoration d’un plat, et pour l’astringence de son jus utilisé tel quel ou sous forme de mélasse concentrée, en particulier dans les cuisines moyen-orientales.

En cuisine comme en vinification, l’astringence due aux tanins sert à donner une structure à un mets ou une boisson qui, sans cela, paraîtrait sans relief. Ainsi, lorsque ses tanins ont été trop dégradés par le temps, un vin rouge n’est pas dépourvu de parfums, mais notre goût peine à les identifier et à les apprécier. Le vin a perdu sa charpente : il est dit « informe » ou « désossé ».

De la même manière, il est permis de penser que la F∴M∴ joue un rôle similaire au jus de grenade dans l’usage que nous faisons de notre esprit et de notre raison. Par ses principes, par ses exigences, par ses objectifs, la F∴M∴ donne de la structure (de la tenue, sans jeu de mots) à la manière dont nous pensons et nous comportons. Elle nous évite de tomber dans la réaction viscérale et émotionnelle. Sans cette astringence morale, nul doute que nous nous laisserions aller plus fréquemment à nos instincts, à nos penchants ou à nos répulsions naturelles.

Heureusement, cette exigence un peu sévère de la F∴M∴ est adoucie par les joies de la fraternité qui nous unit. C’est en cela que la F∴M∴ est comme le jus de la grenade : douceur et astringence, fraternité et exigence morale.

La chaîne d'union 2010/1 (n°51), pages 70 à 77

Johannisme et tradition d'Ephèse


J'ai promis à Alfonso que Richard ferait un court exposé sur la tradition d'Ephèse et le johannisme. J'ai remarqué bien souvent que, dans l'esprit de certaines personnes, il y a confusion sur ce sujet. Nos jeunes disciples ne seront pas fâchés qu'on leur en parle à nouveau.
Richard, je vous donne la parole.

‑ Pour bien comprendre ce qu'est le johannisme ‑ qui découle de la tradition d'Ephèse ‑ il faut l'étudier à travers l’œuvre de saint Jean l'apôtre : Jean, le fils de Zébédée et de Salomé, le frère de Jacques le Majeur, le disciple que Jésus aimait, celui qui a reposé sa tête sur la poitrine de Jésus pendant la dernière Cène, qui fut au pied de la croix lors de la Crucifixion et qui a vu la Résurrection, celui qui fut l'un des deux disciples de Jean-Baptiste à se mettre dans la suite de Jésus.

Jean était très imprégné de judaïsme et avait l'habitude de s'exprimer parmi les juifs. Son œuvre s'en ressent et a une coloration nettement araméenne. Il a voué une grande vénération à Jean-Baptiste ; il a été son disciple, a suivi et aimé ses prédications. Le Baptiste a été le Précurseur, celui qui a annoncé la venue de Jésus, le Messie.

Il ne voulait pas être pris par la foule comme un prophète, mais seulement comme celui qui reconnaîtrait l' « Agneau de Dieu » et l'attendait.

Jean-Baptiste pratiquait une très vieille tradition essénienne de dualité, ou plutôt de dualisme monothéiste. C'est-à-dire que, dans chaque manifestation, il voyait l'opposition : la lumière et les ténèbres, la vie et la mort, etc. C'est une forme de pensée dont Jean l'apôtre restera imprégné toute sa vie et que l'on retrouvera dans son Evangile.

Jean a fait des séjours à Antioche, à Patmos, île de la mer Egée, et surtout à Ephèse. L'école d'Ephèse pratiquait cette même forme de pensée dont la tradition [polaire ?] se perd dans la nuit des temps.

C'est à Ephèse que Jean a écrit, dans les dernières années de sa vie, le IVème Evangile.

Certains ont mis en doute que Jean fut l'auteur de cet Evangile, et, à cause de cela, il a été très controversé. Pourtant, Jean n'a jamais trahi le véritable sens du message du Christ. Sa foi en Jésus était profonde. Pour lui, le Christ était réellement le Verbe qui s'est fait chair, le fils de Dieu.

Dans son Evangile, il relatera, comme dans les synoptiques, la vie, la passion et la résurrection de Jésus. Mais il verra tout cela en théologien. Il s'était imprégné des idées de Jean-Baptiste, et sa propre pensée était mi-juive, mi-chrétienne. Il s'est attaché plus au symbolisme qu'à l'aspect matériel des faits, et c'est ce qu'on lui reprochera.

Il se sert parfois du mot Logos, employé dans la philosophie grecque.

Pour les juifs, le Logos est un intermédiaire entre Dieu et le monde. C'est la « Loi » qui a été donnée aux hommes par Moïse. C'est une faculté de pensée, c'est la raison profonde d'une chose.

Pour Jean, le Logos est la révélation de Dieu faite pour les Hommes à travers Jésus, le Verbe, le Messager de Dieu, le Salut, la Parole. C'est lui qui apporte au monde la Grâce, la Vérité.

Malgré cela, l'Evangile de Jean n'est pas toujours admis comme les trois synoptiques. Pourtant, si on l'étudie profondément, on verra qu'il est écrit dans le même sens qu'eux et les complète.

Je crois que ce qui a motivé critiques et controverses, c'est que Jean voit dans le miracle le symbole plutôt que le fait. Il ne conteste pas le miracle mais en fait ressortir toute la valeur symbolique qui s'en dégage. Par exemple, Lazare a été ressuscité pour que Jésus démontre qu'il est la Vie et la Résurrection. De même pour l'aveugle, puisque Jésus est la Lumière, il peut redonner la lumière aux âmes endormies. A tout miracle il donne un sens physique et un sens spirituel. Il veut « signifier » le don de Dieu par le Saint-Esprit. Il en est de même pour les Paraboles.

Pour lui, le Verbe existe de toute éternité. Il a toujours été avec Dieu, est lui-même Dieu et créateur de toutes choses. Ce qui rejoint l'idée juive, car il est écrit dans l'Ain-Soph :

« La sagesse divine, reflet de la lumière éternelle, était auprès de Dieu avant ses œuvres les plus anciennes, dès le commencement. Il est le Principe Universel et Divin, la racine de tout, il est illimité, sans fin. Il est l'existence absolue, la pensée absolue. »

C'est dans cet esprit que les maîtres d'Ephèse préparaient les adeptes avant de leur conférer l'initiation. Une divergence est ainsi apparue avec le dogme strict de l'Eglise, car celle-ci n'admettait pas cette façon d'interpréter l'Evangile de Jean.

Comme autre divergence, on peut noter que chez les johannites la confession n'est pas jugée nécessaire si le repentir est profond.

On peut s'étonner que les Templiers ‑ qui se déclarent fidèles à la tradition johannique ‑ aient choisi comme fête le 24 juin qui est celle de saint Jean-Baptiste ; mais il ne faut pas oublier que l'apôtre Jean considérait Jean-Baptiste comme son maître. C'est aussi parce que Jean-Baptiste a baptisé Jésus que les Templiers l'honorent. Il n'y a donc pas de contradiction à cela.

Extrait du livre de Gabrielle : des Templiers aux Massenies du St Graal

La franc-maçonnerie


Vous m’avez demandé, mon cher Alfonso, il y a quelques jours, de vous mettre au courant de ce qu’est la franc-maçonnerie. Nous allons en parler ce soir.

La naissance de la franc-maçonnerie est incertaine, et les opinions à ce sujet sont très diverses. Certains la font remonter à l’antiquité. D’autres, au temps du roi Salomon qui avait logé les constructeurs près du temple, peut-être à cause d’une certaine légende : le roi de Tyr avait envoyé au roi Salomon le chef de chantier Hiram (en hébreu Harodim) pour l’édification de son temple. Hiram, très érudit dans son métier, a été assassiné par trois ouvriers et transporté loin du temple. Salomon, inquiet de la disparition, le fait rechercher. Un homme découvre un coin de terre fraîchement remuée sur laquelle un arbuste avait été fiché ; intrigué, il creuse et aperçoit le corps d’Hiram. Après s’être assuré que c’était bien lui, il le recouvre de terre, plante des branches d’acacia pour retrouver l’emplacement et va informer le roi Salomon. Celui-ci fera enterrer Hiram dans le Saint des saints, ses compagnons le porteront en gants et tabliers blancs. Que la légende soit vraie ou fausse, les loges maçonniques ont conservé les symboles de l’acacia et du tablier.

D’autres encore pensent que la franc-maçonnerie est née des maçons corporatifs qui se groupaient en loges. C’est un peu ce que je crois. Quoi qu’il en soit, je vais essayer de vous expliquer quel était l’esprit de la franc-maçonnerie.

Les associations de métiers étaient les héritières des collegia, anciens groupements de constructeurs qui se sont dissouts au moment des invasions diverses. Elles ont été reconstituées au Moyen-Âge sous forme de confréries templières régies par les bénédictins et les cisterciens. Elles ont accompagné les croisés pour assurer la construction de leurs ouvrages militaires et hospitaliers. L’Eglise leur a octroyé de larges franchises les dispensant des corvées et redevances que d’autres constructeurs et ouvriers devaient au roi. Les Templiers ont employé aussi des maçons et constructeurs laïcs qui étaient unis en communauté de métiers, et ont bénéficié – grâce aux Templiers – des mêmes franchises. On les appelait communauté de « francs-métiers ». Elles se réunissaient en loges, et il est normal de penser que c’est elles qui ont donné leur nom à la franc-maçonnerie. Leurs membres s’appelaient « libres-maçons ». Ils gardaient secrets leurs travaux. Ils entretenaient des relations suivies avec les Templiers. Leurs maîtres d’œuvre s’appelaient « magister » ou « maitres ». C’étaient des hommes de grande culture. Certains connaissaient parfaitement le latin et le grec, ainsi que diverses sciences et techniques.

En royaume franc, la Maçonnerie n’était constituée, à ses débuts, que de gens de métiers libres : architectes, constructeurs, charpentiers, artistes peintres, sculpteurs, imagiers, argentiers, etc.

Peu à peu, des groupements d’artisans et de commerçants se sont joints à eux. Des savants de diverses disciplines, intéressés par leurs réalisations, se sont fait admettre dans les loges maçonniques.

A cette époque, les constructeurs templiers et laïcs voyageaient beaucoup. Ils furent à l’origine du développement en Europe des confréries de francs-métiers et, de ce fait, des formations de loges. On y pratiquait les initiations professionnelles et on y étudiait la philosophie, la métaphysique, la théologie et l’astronomie. Mais cela, toujours dans le plus grand secret, le pouvoir n’ayant aucune bienveillance pour ces confréries qui jouissaient de trop de franchises à son gré.

Ces confréries et communautés remplissaient une mission éducative pour les métiers et la culture générale.

Il s’était créé des « communautés jurés » admises par le roi et soutenues par une grande partie du clergé. Elles ont pris une forte extension au détriment des confréries de francs métiers. En 1306 le pouvoir reproche à ces dernières d’entretenir une agitation politique et profite de cet argument pour les supprimer.

Les communautés jurés avaient seules le droit de s’étendre dans le pays, interdisant aux autres de sortir de la cité de Paris. Elles seules pouvaient représenter les professions. Elles réservaient l’accès de la maîtrise et l’exercice des métiers aux leurs. C’était vouloir la disparition des confréries de francs métiers et ramener leurs membres au rôle de salariés employés par les communautés jurés. En réalité, ces confréries n’ont pas disparu et se sont reconstituées peu à peu dans le secret des loges.

En marge de ces sociétés jurés et de ces confréries, existait un compagnonnage encore peu organisé. Les compagnons demeuraient fidèles aux rites anciens, aux traditions templières, et croyaient à l’universalité de la connaissance. Ils avaient obtenu du roi des droits qui leur facilitaient l’exercice de leurs métiers. Eux aussi ont été poursuivis par les communautés jurés.

Voyant cet été de choses, ils se sont organisés pour défendre leur liberté au travail. Ils ont créé deux groupements. L’un d’eux, uniquement catholique, les « Compagnons du Devoir » (dévoirants) qui se disaient fils spirituels de Maître Jacques et de Père Soubise. Ils se sont surnommés les « loups garous » et les « drilles ». L’autre groupe, les « Compagnons du Devoir Estranger de Liberté », enfants de Salomon – les « loups » - dont les membres appartenaient à toutes races et confessions. Ils étaient les « ouvriers passants ».

Les templiers ont construit des églises dédiées aux saints patrons de leurs divers métiers dans lesquelles il y avait toujours un autel dédié à saint Jean-Baptiste et un autre à l’apôtre Jean. Ils ont fondé les hôpitaux pour les pèlerins dans lesquels ils hébergeaient les « ouvriers passants ». Ceux-ci n’avaient pas de logements fixes contrairement à ceux des confréries de francs métiers qui, à Paris, étaient hébergés dans une maison qui leur était réservée.

A la suite d’émeutes, en 1382, toutes les confréries et compagnonnages ont été supprimés à nouveau. Grâce au secret, et à l’appui occulte des loges maçonniques, ces confréries et compagnonnages se sont maintenus en se mettant en sommeil. Du fait de ces entraves et de la réduction obligée de leurs activités, c’est la franc-maçonnerie qui conservera et transmettra les valeurs initiatiques.

Après la dissolution de l’Ordre du Temple, les Hospitaliers leur ont succédé. Ils ont pu garder les droits seigneuriaux, les privilèges ecclésiastiques et spirituels des Templiers. Vous ne savez sans doute pas que les Templiers avaient le droit d’enterrer avec les sacrements, dans leurs cimetières, des excommuniés. Les Hospitaliers ont continué cette coutume. Certains d’entre eux étaient alchimistes et fréquentaient les loges de la franc-maçonnerie ainsi que des moines de certains ordres et des laïcs, eux aussi alchimistes.

C’est pendant le règne de Louis XI, entre 1461 et 1483, que les alchimistes ont été violemment pourchassés. Les évêques ont fait brûler leurs maisons, leurs écrits, et bien souvent l’alchimiste lui-même.

Pendant cette période, les Massenies existantes dans certaines régions du royaume ont été obligées de disparaître aux yeux de tous. Leurs Frères se sont éparpillés. Je souhaite qu’ils puissent se réunir à nouveau dans leurs Massenies.

[…]

Je vais maintenant vous parler de l’Ecosse où la franc-maçonnerie est importante, de l’Angleterre et de l’Allemagne. C’est avec ces trois pays que nous avons le plus de contacts. Je ne puis donc rien vous dire intéressant les autres pays.

On s’accorde généralement pour dire que la franc-maçonnerie écossaise a été fondée par Robert Bruce, roi d’Ecosse, appartenant à une famille templière d’origine flamande.

Il existait, depuis 1128, une abbaye fondée par le roi David 1er, à Elyrood.

En 1314, Robert Bruce fonde l’Ordre de Heredom de Kilvinning, dont le siège sera Canongate, relevant d’Elyrood. Canongate est une petite salle très intime bâtie sur l’emplacement de l’ancien temple des Chevaliers de Saint-Jean. Le nom de Canongate signifie la porte des chanoines. La loge de Kilvinning deviendra « Canongate-Kilvinning » et sera élevée au rang de loge royale.

Comme en France, il y avait en Ecosse des associations monastiques de constructeurs relevant des bénédictins et des cisterciens. A côté de ses associations, il s’est créé des communautés de francs-métiers. D’ailleurs, il s’en est répandu un peu partout en Europe. Ces deux groupements de constructeurs ont été en rapport en Orient avec des musulmans et des sémites. Ils ont connu leurs formes d’initiation. Ce sont les maîtrises de ces constructeurs qui ont accueilli les Templiers après la dissolution de leur Ordre.

Ces Templiers, accueillis dans la loge de Canongate-Kilvinning, ont participé au combat victorieux de Banneckbur contre les Anglais qui a assuré l’indépendance de l’Ecosse.

En remerciement de cette participation, le roi crée l’Ordre des Chevaliers du Chardon de Saint-André dont il décore les Templiers. Ceux-ci ont adopté comme signe de reconnaissance une figure représentant la croix de Saint-André formée par un Templier allongé dont les jambes sont croisées en X, la main droite tirant l’épée du fourreau, ce dernier maintenu par la main gauche. Les Templiers ont été enterrés en Ecosse dans cette position.

L’Ordre du Chardon est devenu un grade dans le rite de la franc-maçonnerie.

Les Ecossais de Canongate-Kilvinning observent, le 14 juin, la fête de leur saint-patron Jean-Baptiste.

Jamais cette loge n’a été « fermée » depuis sa fondation, mais seulement « ajournée » d’une réunion à l’autre. Ceci est très symbolique.

La franc-maçonnerie écossaise conserve l’héritage des Templiers vivifié par l’apport d’autres loges.

[…]

Voilà tout ce que je puis vous dire concernant la franc-maçonnerie.

Son idéal est le même que le nôtre dans les Massenies. Ce n’est que la continuation de l’esprit du Temple. C’est une éternelle tâche toujours en mouvement. Il faut suggérer le travail et stimuler le besoin de la Connaissance.

Extrait du livre de Gabrielle : des Templiers aux Massenies du St Graal

Arcane 4


ARRÊT - INITIATION - EGO

 

Eléments remarquables :

* S'il ne se retourne point, le Chevalier comprendra vite qu'il doit passer des portes (Dalet en hébreu) que l'on nomme "initiatiques". C'est cela qui se présente à la Lettre précédente, qui symbolise la Quête...


* Le 4ème Arcane, ne serait-ce le Désert que doit traverser le Chameau ? Incarne-toi, sois rigoureux !

* En haut à droite de la Lettre, nous voyons la petite croix formée par le croisement des barres, comme un petit point ; c'est ton ego - d'autres l'appellent le point d'assemblage de la conscience.